L’HUMEUR DU COACH
Le 15 juin 2009
La saison promettait d’être très difficile. J’avais eu l’occasion de voir suffisamment de rencontres la saison précédente pour pouvoir juger du niveau global, et j’ai pu voir très rapidement quel serait notre niveau à nous. En début de saison, si nous avions sondé l’ensemble des équipes pour un concours de pronostics pour la relégation, je pense que toutes les réponses nous auraient porté vers ce qui c’est avéré être le résultat final. La seule chance à mes yeux consistait à travailler à l’entrainement, travailler dur, travailler encore pour compenser nos lacunes et accrocher des points pour survivre. Donc entrainement pendant l’été, en extérieur, avec peu de joueurs. De nouvelles recrues, qui ne resteront pas longtemps chez nous, disparaissant dans la nature, ou demandant à quitter le club pour signer avec des copains à eux.
Les premiers mois ont pu nous laisser un peu d’espoir. Des défaites, certes, mais sans jamais être complètement dépassés, des défaites sur des frappes déviées, un contre défavorable ou un exploit individuel. Je me suis dit que sur un malentendu on pouvait conclure. Nous étions combatifs, et en place. J’ai probablement eu le tort de faire tourner un peu l’effectif, afin que tout le monde joue, histoire que des joueurs ne partent pas et que nous finissions la saison suffisamment nombreux.
J’y ai cru, j’ai cru en mon groupe, j’ai cru en mes joueurs. Un temps. Puis vinrent les six derniers mois de la saison. Défaites sur défaites, allant de match très limite à prestation honteuse. Certains ont fait ce qu’ils ont pu. Mais nous n’avons jamais fait montre de cohésion, nous avons perdu notre énergie qui nous permettait de faire un peu illusion. J’en suis venu à me dire que j’étais un très mauvais coach. Je ne suis jamais parvenu à faire passer mes messages, jamais parvenu à faire avancer mes joueurs tactiquement. J’ai parfois essayé à l’entrainement de mettre en place des phases de jeu, mais la majorité du groupe s’intéressait davantage au laçage de ses chaussures qu’aux consignes basiques que je donnais. J’ai tenté de faire comprendre qu’on ne marquerait pas de la tête sur un corner comme Basile en 93, alors qu’il fallait ressortir le ballon et construire le jeu, j’ai expliqué maintes fois qu’au futsal un marquage à un mètre cinquante n’était pas un marquage efficace, j’ai tenté de faire comprendre pourquoi nous ne jouions pas avec un press agressif, puisque nous n’avions pas les qualités physiques, tactiques et la discipline requise pour jouer ainsi. Mais à chaque fois, je ne parlais pas assez fort, ou mes gars faisaient étalage de leurs analyses probablement plus pertinentes que les miennes. J’en déduis donc que oui, je suis un mauvais coach. Je n’ai pas réussi à faire passer mes idées, ni à faire progresser mon équipe, et j’ai laissé trop souvent mes gars faire ce qu’ils voulaient. La rélégation est amplement méritée, nous n’étions pas au niveau, nous n’avons rien fait pour progresser, nous n’avons rien à faire là, et cet échec est le mien.
Je me suis positionné en tant que troisième gardien dès le départ, j’ai terminé en étant celui qui joue le plus.
Nous avons été invités à participer à beaucoup de tournois. J’ai décliné beaucoup d’invitations, usé de devoir passer trente coups de fil par semaine pour avoir 5 joueurs le jour J. Ceux qui se plaignaient de ne pas jouer beaucoup n’étaient jamais là pour jouer, et je ne m’étendrai pas sur ceux qui sont présent jusqu’à la veille, puis subitement portés pales.
Je suis le coach du club où des joueurs n’ont pas payé leur cotisation une semaine après le dernier match de la saison, tandis que moi, tout en ayant payé ma licence, je paye de ma poche les plots pour l’entrainement. Mais cette saison, j’ai appris beaucoup de choses. Appris que les copains ne doivent plus être des copains dès l’instant où l’on entre dans les vestiaires. Appris que l’on doit être rigoureux, en encore plus lorsqu’il s’agit de bons potes. J’ai compris les limites de la confiance que l’on accorde aux autres. Je remercie tout le monde d’avoir contribué à ma formation et mon apprentissage. J’ai fait l’erreur de faire beaucoup de choses, de faciliter la vie de tout le monde dans ce club. J’ai été laxiste, trop arrangeant, et j’ai du à un moment déresponsabiliser mes joueurs. Tout part parfois de détails. Ramasser tous les maillots pour les laver, au lieu de le faire faire à un joueur. Remplir les bouteilles d’eau avant le match pour que les gars s’échauffent (en théorie, parce que l’échauffement c’est pas leur point fort). Laisser les mecs parler à la mi temps ou pendant un temps mort. Passer 20coups de fil par semaine pour monter mon équipe, alors que ce devrait être les joueurs qui me harcèlent pour savoir s’ils jouent ou pas (quand on a faim de jeu on fait comme ça). Je suis le responsable de cette équipe, et je dois donc assumer mes responsabilités.
Nous nous sommes battus, surtout le président, pour obtenir un créneau régulier pour nous entrainer. Maintenant que nous l’avons, nous devons nous battre pour que les joueurs viennent s’entrainer.
Dans ma carrière j’ai perdu beaucoup de matchs, car je suis un joueur médiocre. J’en ai gagné quelques uns quand même. Mais jamais, non jamais je n’avais vécu une saison aussi minable.
Je m’investis dans le développement de mon sport. Je suis président du comité départemental, et sauf surprise de dernière minute je vais également devenir président de la Ligue régionale. Je suis un mec qui pose des jours de congés pour aller coacher mon équipe ou pour jouer si nécessaire. L’exemple type sur les quinze derniers jours : entrainement lundi soir, entrainement mardi soir, jeudi soir réunion avec le nouveau trésorier du comité départemental, match vendredi soir, tout en me levant à 4h du matin pour aller travailler, samedi midi dès la sortie du boulot départ à Cannes pour assister au Challenge National et à l’AG nationale de l’UNCFs, retour dimanche soir minuit, et je pense que ce soir je vais aller jouer un match amical avec un autre club. Entretemps j’ai lavé les chasubles d’entrainement, les maillots de matchs, et j’ai buché sur les budgets prévisionnels du comité départemental et de la ligue régionale. Et la semaine prochaine, le lundi de 18h à minuit je suivrai une formation d’initiateur futsal de niveau 2. J’ai posé un jour de congé pour y être. Donc on peut le dire, non seulement je suis un mauvais coach, mais en plus je suis un sacré con.
Je remercie par contre très sincèrement les quatre ou cinq joueurs dont le sérieux et la gentillesse auront fait que j’ai tenu le coup jusqu’à la fin de la saison, leur présence et leur respect constituent ma seule récompense. La saison est enfin terminée sur une note très très amère, qui fait que je vais reconsidérer mon avenir dans ce club, ce club que j’ai contribué à créer, mais dans lequel je ne me reconnais plus vraiment. La balle est dans mon camp, mais également dans les pieds des joueurs qui devront me montrer que j’aurais des raisons de continuer à m’investir ici.